L'ami de Luc (article D.Caracci)

LUC, son ami, sa vie
Maintenant que la carrière du film touche à sa fin, je voudrais revenir sur l'historique, voire l'histoire, de ce projet, succinctement mais avec justesse.
Tout a commence à CVA quand j'ai proposé de réaliser un documentaire dans le cadre d'un film club. Je passe sur les tracasseries et autres tiraillements que cela a suscité au sein du club suite à la décision du président de déclasser ce film-club en film perso. C'est là qu'intervient et qu'arrive comme une providence le couple Becker qui, sans autre forme de procès, à peine inscrit au club des Pennes, accepte de collaborer à ce film. Une décision qui m'a fait chaud au coeur, surtout moralement car je ne me sentais plus seul sur ce projet. Seul, pas tout à fait car je dois à la vérité de dire qu'une seule personne de CVA était avec moi sur ce projet, Odile Dalmont (avec aussi le regretté Charly). Par la suite, les Becker m'ont un peu manqué pendant les tournages, car Luc était libre et tournable les Mardi alors que Laurent et Janou, eux, avaient d'autres occupations ce jour là. Or les dieux du cinéma veillaient encore sur le film. Odile, qui n'était pas souvent dispo, me propose de me rapprocher de Michel Renucci, et je dois dire que, là aussi, une belle épine était retirée de mon pied. C'est avec lui, et son matériel, que la majorité des prises de vue ont été effectuées.
J'en viens au montage. Je dispose de plusieurs heures de rushes :
- Des interviews de tout ceux qui gravitent autour de Luc, sa Maman, son employeur, les gens du cirque "adapté", son entraîneur sportif, et le plus important, sans qui je n'aurait jamais fait ce film, les gens de l'association "Nouveau Regard sur le Handicap" grâce à qui j'ai rencontré Mr Luc Rodriguez.
- Un tournage complet à deux caméras du spectacle de cirque
- L'entraînement au tennis de table.
- Une journée de compétition de tennis de table.
- Une journée sur les lieux de son travail de jardinage.
- Une journée de vie quotidienne chez lui et dans les lieux qu'il fréquente habituellement.
- 3 journées de tournage avec la NRH lors d'interventions scolaires sur la sensibilisation du handicap chez les jeunes scolaires.
- Le meilleur pour la fin (mais je l'ignore à ce moment là) l'interview en toute intimité de Luc himself.
Je vous passe les semaines et les mois pour remettre de l'ordre dans ma tète et dans les rushes devant ma table de montage. J'opte pour un schéma dans lequel je présente les différentes activités de Luc à travers ce qu'il en dit et ce qu'en disent les différents intervenants. Le tout étant agrémenté d'images sans commentaires, le plus souvent en accéléré, histoire de montrer que Luc est débordant d'activité et d'énergie malgré sa tronche en biais et sa démarche dégingandée. En concertation avec Luc, on décide de ne pas mettre de sous-titres malgré son élocution quelquefois défaillante.
C'est ainsi que je lance "Adaptation !" dans l'aventure des festivals. Je dois dire que je n'ai pas eu à me plaindre puisque le film a été retenu dans une dizaine de villes en France (postulé dans une vingtaine) glanant 2 ou 3 prix au passage. Malgré tout je me posais quand-même des questions. Peut-être les organisateurs n'osent pas proposer le handicap à un public qui vient se détendre ?
Le handicap n'est-il pas porteur ? Les jurys sont-ils frileux à l'idée de récompenser un film montrant une image souvent cachée des personnes en situation de handicap. Toujours est-il que, fervent adepte des festivals tous azimuts, je me propose de passer à l'international.
Là je suis obligé de mettre des sous-titres dans la langue de Shakespeare, et comme je suis un ignare en la matière, la tâche en incombe à Annette Jost, également du club de Velaux.
Qu'elle en soit encore chaleureusement remerciée ici.
Je postule dans 5 pays et le film en version ST a 4 récompenses. A ce moment là, l'idée qui me vient à l'esprit, c'est que Luc est tout à fait compréhensible puisqu'il n'y a qu'à lire, et que donc, en Français non sous-titré, son élocution hasardeuse a rebuté pas mal de
sélectionneurs de festivals et autant de jurys au moment de distribuer des prix. Pour en avoir le coeur net il fallait sous-titrer en Français. Certes, mais je ne pourrais pas postuler le même film dans les festivals ou je l'avais déjà inscrit ! Par ailleurs, des voix fort sympathiques à mon égard se sont exprimées pour me dire que le film gagnerait à être raccourci, qu'il serait bien de le recentrer sur Luc, que tous ces gens qui parlent de lui alourdissent le propos. J'ai fini par craquer et décidé de remonter le film autrement, et pour cela, vu et revu les rushes, surtout ceux que j'avais écartés, surtout ceux de son interview, surtout ceux ou Luc s'exprime à propos de sa vie privée.
Le nouveau film s’appelle « L'ami de Luc », cet ami dont il parle dans son poème intitulé « Handicap » et qui termine le film. Pour assurer le coup je mets des sous-titres en français afin d'aider le spectateur à la compréhension du discours du bonhomme Luc. J'inscris d'emblée ce nouvel opus dans un des festivals les plus prisés chez les amateurs, celui de Cabestany. Une bonne raison à cela car Paul Rousset, l'inventeur de ce festival, a été le dernier (et le plus convaincant) à m'inciter de modifier ce film sur un personnage attachant, me disait-il. Pour info, la première mouture, « Adaptation », n'avait pas été sélectionnée à Cabestany.
BINGO !
Prix du Public et Grand Prix toutes catégories confondues (fiction et réalité) ! J'étais aux anges, dans un autre nuage, la bouche bée. A tel point que sur la scène pour recevoir les trophées je n'ai prononcé que 2 ou 3 mots insignifiants... Et la suite ? Est-ce que je vais postuler dans d'autres festival, dont ceux qui avaient déjà sélectionné l'ancienne version ?
Là, je tiens à dissiper tout de suite un malentendu : c'est une histoire de concordance de dates.
Je me dis : Après tout, pourquoi pas retenter ma chance au Régional de Ventabren ou « Adaptation » était passé ? J'en parle à Alain Boyer 'Président de l'Union Régionale) qui, renseignements pris auprès de la Fédération, me dit que sur le nouveau film il ne faut pas plus de 10% des images de l'ancien. Cela colle impec quand je décide de supprimer le poème final. C'est ainsi que le titre devient « La vie de Luc ». Le temps presse pour l'inscription et surtout la sélection interne au club de Velaux est terminée, validée depuis quelques quelque jours. La seule solution, en urgence, était de passer par la structure « Amis du festival » mise en place par Alain. Chose qui fut faite. C'est là que je dois avouer une méprise impardonnable, j'aurais dû mettre au courant l'ACP-V de cet état de fait, au lieu de laisser la chose traîner. Du coup le club Velauxien découvre qu'un de leur membre présente un film, fait en partie grâce à 3 membres du club, mais n'est pas présenté avec le logo de l'ACP-V. J'ai compris, et appris bien plus tard, que les dirigeants de Velaux n'avaient pas apprécié que mon film ne soit pas présenté sous l'égide de l'ACP- Velaux, Ils ont, me semble t'il, pris cela comme une trahison et je peux comprendre leur réaction que j'ai trouvée un peu tardive. Ce qui était au départ une petite histoire de concordance de dates sans intention malhonnête de ma part s'est transformée en
un affront humiliant à l'encontre des dirigeants du club. Je veux ici affirmer haut et fort que je regrette cet épisode malheureux qui n'était en fait qu'une péripétie à l'insu de mon plein gré !
Je l'affirme, il est bien évident que je considère que tous les honneurs qui m'ont été attribués, de Médailles en Grand Prix de toutes sortes, vont également à Michel Renucci, Janou et Laurent Becker (sans oublier Odile Dalmont).
Car, non seulement « La vie de Luc » a passé le cap du Régional mais il a obtenu une bonne dizaine de distinctions (une quinzaine en comptant les différentes version de Luc). Le bouquet final, peut-être la seule chose dont je n' osai prétendre, ayant été la médaille d'or à
l’UNICA 2015 à Saint-Pétersbourg. Je vais terminer par le début, juste pour dire que, à mon avis, le club des Pennes Mirabeau a
sacrément loupé le coche en ne prenant pas à son compte le projet initialement prévu pour et avec eux !
Ceci termine l'histoire de cette aventure avec Luc Rodriguez sans qui rien ne serait arrivé.
Je l'ai toujours clamé, le film c'est lui, pas moi.

Daniel Caracci