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Il serait une fois ...
une étrange boîte, tête toute noire, avec juste un œil, la plupart du temps fermé, pas d’oreille. Elle ne peut se mouvoir que mécanisée ou sollicitée par une main bienveillante. Sa mémoire est infaillible. Ce que la caméra voit, elle l’enregistre. Elle stocke image et son pour une durée indéterminée, aussi longtemps qu’elle survivra dans ce monde en perpétuelle mutation. Elle est totalement asservie à la main de son maître, le cadreur.
Son rôle cependant s'il est de prendre des images ; c'est aussi celui de les restituer avec le son. Elle est donc assistée d’une autre chose étrange. Un espèce d’oiseau rare, très velu, haut et long perché. Une main ferme s’y cramponne. Cette main est celle du preneur de son ou perchman.
En retrait un homme déplaçe des panneaux clairs, les oriente, les cale puis les déplace… Et joue ainsi avec les effets de lumière.
Ces trois éléments, image, son, lumière, doivent s’imbriquer, se compléter, s’enrichir l’un au contact de l’autre. Ce sont les qualités techniques du tournage.
Dans ce périmètre, d’autres humains s’agitent, crient, râlent, ou rigolent et s'interpellent… au ras du sol. Une personne brasse du vent, beaucoup plus que les autres, une foultitude de papiers en main. Un crayon entre les dents. Elle fouille dans son tas de feuilles, s’énerve, ronchonne. La scripe (ou le scripte-non genre) se tourne vers le créateur, avec aux lèvres, cette question aussi rituelle que rasoir.
- On tourne quoi maintenant ?
Le créateur, le front barré d’une intense concentration lève vers elle, un regard perdu.
- Où y sont les acteurs, qu’est-ce qui font ?
Avec son doux sourire cependant.

Un créateur, dit aussi réalisateur, est souvent débordé par les mille détails qui inondent le plateau de tournage. Le moment est dur pour lui. Il se flattait d’avoir imaginé des situations aussi originales que géniales. Une continuité d’évènements puissants, de la poésie un peu, un peut trop sûrement. Tout ça il en a plein la tête. Hélas, la poésie souvent se planque dans la réalité. La débusquer n’est pas une mince affaire. La poésie en image n’est pas un don inné. S’y frotter est le plus sûr moyen de n’y trouver que des épines. Atterrissage douloureux pour le créateur amateur. Long moment de solitude pour le futur spectateur.
Même si la réussite c’est d’abord de croire à ce qu’on entreprend. Encore faut-il avoir à la fois les moyens intellectuels et les moyens techniques de s’y frotter. Au moment où j’écris ces lignes, j’ai enfin compris ce que je veux faire. Un film simple, sans prétention poétique, philosophique, ni intellectuelle. Une série d’évènements improbables, une chute inattendue… qui tombe sur un trait d’humour… Avec des prétentions revues à la baisse… Encore faut-il aussi peu que ce soit, que je me sente capable de m’y frotter à cet épineux défi. Aïe, aïe, aÏe…
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Le Riouclar-vallée de l'Ubaye (2026)